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Commentaires fermés sur « Brouillons d’écrivains » une exposition virtuelle.

Les carnets des écrivains regorgent de textes potentiels. Certaines idées nées sur le papier sont devenues des livres, d’autres sont restées en suspens. Des bribes, des notes, des abréviations nous parviennent comme des énigmes qui ont traversé le temps.

En regardant les manuscrits, on se demande à quoi ressemblait la main qui a tracé les lettres penchées, à l’encre bleue ou noire, sur des cahiers aujourd’hui jaunis, et à quelle vitesse cette main courait sur le papier, et sur quelle table reposait le coude.

Pour répondre à quelques-unes de ces questions, ou pour attiser encore sa curiosité, on peut se rendre sur le site de la Bibliothèque nationale de France, qui offre de nombreux extraits de carnets d’écrivains.

La BnF met à la disposition des internautes ses expositions passées dans des galeries virtuelles (http://expositions.bnf.fr/index.php). Dans la galerie des écrivains et conteurs, parmi Casanova, Homère et Harry Potter, on trouve cette exposition au nom évocateur : « Brouillons d’écrivains ».

On y apprend que le mot brouillon proviendrait du terme germanique brod qui signifie bouillon. L’étymologie permet de préciser les enjeux de l’exposition puisque « ce sont bien là, en effet, les bouillonnements de la pensée que l’on donne à voir en présentant des manuscrits de travail, témoins des hésitations et des blocages, des renoncements et des reprises, des trouvailles et des recherches de leurs auteurs. »

On navigue du Moyen-Age au Siècle des Lumières pour assister à la reconnaissance progressive du manuscrit d’auteur, jusqu’à sa consécration depuis deux cents ans. Devenus de véritables « objets-culte », les manuscrits des grands écrivains s’arrachent à prix d’or dans des ventes aux enchères et chez des antiquaires spécialisés.

On s’arrête dans les ateliers de Victor Hugo, de Flaubert, de Proust et bien d’autres, pour découvrir leur rapport à l’écriture, leurs ratures, leurs manies, leurs dessins, leurs collages. On s’improvise graphologue devant ces pages tour à tour surchargées, poétiques, régulières, illisibles…

Au détour d’un lien, on tombe sur un texte magnifique de Pierre Michon qui raconte son rapport à l’acte physique d’écrire. Laissons-lui le dernier mot :

« J’écris à la main (…), avec un crayon noir, sur des feuilles volantes. Ceci pour les premiers jets d’un texte, d’une page, tôt le matin. C’est que j’ai appris à écrire ainsi et que les connexions entre la main qui tient la plume (le crayon) et l’esprit sont parfaitement rodées, organiques, totalement sophistiquées et nécessaires, naturelles comme toutes les techniques que notre corps a acquises alors qu’il devenait lui-même, s’acquérait comme corps pensant et agissant. Dans un second temps je « mets au propre », comme on disait naguère, c’est-à-dire que je rends abstrait, je détache de moi et de ma gestuelle spécifique, je ne garde de ma gestuelle que ce qui apparaît dans les sons et les rythmes : je mets donc au propre sur ces machines à fabriquer du neutre, ou de l’universel, que sont la machine à écrire, jadis, et aujourd’hui l’ordinateur. Ce ne sont pas seulement des machines à fabriquer du neutre : l’ordinateur donne toujours des idées et des rythmes de dernière minute, combat ou seconde la pulsion organique du bras, conseille d’étonnantes corrections. Tout cela fait système de façon confuse mais efficace. »