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Commentaires fermés sur Carnets de voyages : Comment pratiquer la photo de rue ?

Parmi toutes les pratiques de la photographie, il en est une qui ne nécessite ni studio, ni mise en scène et qui reste à la portée de tous : la photo de rue. On peut s’y frotter au cours d’un voyage mais il suffit bien souvent de franchir le pas de sa porte pour s’y adonner. Voici quelques conseils pour réussir ce type de clichés qui constitue l’une des thématiques de prédilection de la photographie moderne.

UN PEU D’HISTOIRE POUR COMMENCER

La photo de rue a été pratiquée par les plus grands photographes, y compris parmi les pionniers. Dès la fin du 19e siècle, Eugène Atget (1857-1927) exerce son talent à photographier les rues, les monuments et la population de Paris. Il appelait ça « documenter la ville » en un temps où la photographie était le seul médium suffisamment fidèle pour retranscrire la réalité. D’autres photographes célèbres lui emboiteront le pas, et notamment parmi les plus connus, Robert Doisneau, Henri Cartier-Bresson, Elliott Erwitt ou encore Willy Ronis. De nos jours, en partie à cause de la question du droit à l’image, la photographie s’appréhende différemment du siècle dernier mais elle reste un exercice propice à la découverte et aux rencontres, une pratique ouverte à tous moyennant quelques règles de bonne conduite à suivre.

EQUIPEZ-VOUS DU BON MATERIEL ET SOYEZ TOUJOURS PRETS

Pas de sac à dos photo, pas de trépied, restez mobile et léger, l’appareil prêt à shooter à la main. Vérifiez tous vos réglages avant même de sortir: stabilisation verticale ou double, charge de la batterie, place dans la carte mémoire, optiques nettoyées, … vous devez avoir tout vérifié pour être sûr de ne rater aucun des sujets rencontrés. Au cours de vos pérégrinations, mesurez la lumière chaque fois qu’elle change. Réglez votre diaf en priorité diaphragme pour choisir le bon couple vitesse luminosité à l’avance. L’idéal est d’avoir toujours votre appareil avec vous, même si vous sortez sans avoir prévu de faire des photos. L’art de la photo de rue réside aussi en votre faculté à shooter les instants rares et les détails, tout ce qui vous accroche ou vous émeut, et parfois même ce qui peut paraitre banal. Si votre oeil est accroché, votre cliché intéressera surement d’autres personnes. Apprenez à être discret et rapide et pour cela, mieux vaut avoir un petit appareil photo plutôt qu’un gros reflex.

Pour les accessoires, seuls deux sont indispensables: des batteries supplémentaires pour ne pas se retrouver bêtement sans matériel et un système léger pour sécuriser votre appareil afin de prévenir le vol ou les chutes accidentelles. Enfin, obligez-vous à travailler avec une focale fixe. Cette habitude vous invite à faire bouger vos pieds au lieu de zoomer. En outre, pensez à toujours shooter en mode RAW. Développer vos fichiers RAW fait partie d’une bonne pratique de la photo de rue. C’est difficile mais cela s’apprend rapidement et les bénéfices créatifs sont nombreux.

QUELLE ATTITUDE ADOPTER ?

Il y a deux écoles fondamentalement différentes dans la manière de photographier la rue. La première consiste à se fondre dans la masse et à rester le plus discret possible pour ne pas interférer avec son sujet. L’idée étant alors de n’intervenir en rien dans la scène visée. La seconde école est l’exacte opposée de la première méthode. Elle consiste au contraire à chercher le dialogue, à interpeller l’autre, provoquer un échange de regards, une discussion, parfois même à demander au sujet de poser. Pour exemple, on pourrait comparer les travaux de Robert Doisneau et ceux d’Henri Cartier-Bresson. Le premier était capable de demander à des passants de « rejouer » une scène pour obtenir le cliché qu’il souhaitait. Sa fameuse photo « Le baiser de l’hôtel de ville » commandée par le magazine Life en 1950 a même été réalisée avec des amis comédiens. Doisneau quant à lui pratiquait le shooting à la volée et souhaitait capturer en toute discrétion ce qui passait à portée de son objectif.

SI VOUS OPTEZ POUR L’OPTION DISCRETE

Soyez invisibles mais osez-vous approcher, ne soyez pas timides. N’hésitez pas non plus à varier les points de vue, à explorer, monter sur un banc, vous baisser, vous incrustez dans les arrière-cours et les passages. Soyez vifs comme l’éclair pour ne pas vous faire repérer. Shootez tout en marchant ou en vous arrêtant rapidement avant de repartir. N’ayez pas peur de prendre plusieurs photos de la même scène à différentes expositions, angles et ouvertures. Pour info, les reporters utilisent souvent l’hyperfocale, cette distance à partir de laquelle la netteté s’étend jusqu’à l’infini. Elle dépend de la focale et de l’ouverture et il y a des applis gratuites pour la calculer. Grâce à cette technique, vous pouvez vous mettre en mise au point manuelle et ainsi ne pas perdre la moindre minute à faire le point car tout est net, dès qu’il y a assez de lumière. Une règle d’or également, shootez, shootez, shootez: multipliez les clichés. Pour exemple, Garry Winogrand a réalisé près de 5 850 000 photos durant ses 36 ans de carrière, soit un rythme de 445 photos par jour.

POUR DES PHOTOS POSEES ET DES PORTRAITS

Une belle photo de rue est souvent une photo dans laquelle vous aurez inclus un ou plusieurs personnages dans votre cadre. Cela multiplie souvent l’intérêt du cliché et si un cadre particulier vous inspire, vous pouvez attendre que quelqu’un passe pour l’enrichir de personnages. La photo de rue se prête à la réalisation de portraits spontanés, pris sur le vif, et sans demander à la personne auparavant. Elle peut aussi être pratiquée en initiant un dialogue avec les sujets et en leur demandant de poser. Pour cela, soyez souriants, dynamiques, confiants et demandez directement à votre interlocuteur s’il accepte de poser pour vous. N’oubliez pas que l’une des premières règles pour photographier une scène de rue consiste à ne pas déclencher votre appareil si vous ne souhaiteriez pas être à la place de votre sujet. C’est un bon indicateur du respect que vous devez marquer aux personnes que vous immortalisez. D’autant que pour ce qui est du droit à l’image, la législation française par exemple insiste sur cette notion de dignité. Toute image qui nuit à la dignité humaine est par définition condamnable. En France, l’article 9 du Code Civil (promulgué en 1803) protège le droit au respect de la vie privée. En parallèle, on trouve également le droit à l’information (Loi du 1er juillet 1881) qui sert de fondement aux lois sur la liberté de la presse et qui vous autorise un grand nombre de situations.

Dernier conseil: n’hésitez pas à vous inspirer de vos illustres prédécesseurs et à lire des livres sur le sujet. Elliott Erwitt, Alec Soth, Alex Webb, André Kertesz, Eugene Smith, Garry Winogrand, Henri Cartier-Bresson, Lee Friedlander, Martin Parr, Robert Frank, Saul Leiter, Stephen Shore, Walker Evans, William Eggleston, Doisneau… vous aurez tout à apprendre des maîtres. A vous de tirer le meilleur parti de leurs enseignements. En voyage ou au coin de la rue, la photo de rue vous invite à faire parler votre talent !

 

Crédit photos : l’agence #Magnum bientôt en série TV – Elliot Erwitt – http://reflex-numerique.fr/elliot-erwitt-limmortel/