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Interview de JF Poitou: artisan sellier-maroquinier de tradition française qui participe à la qualité de certains modèles Soixante5.
Soixante5: Jean-François Poitou, merci de nous accueillir dans votre atelier. Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs en quelques mots?

JF Poitou: Je m’appelle Jean-François Poitou et je suis artisan sellier-maroquinier depuis près de 31 ans maintenant. Après avoir fait mon apprentissage chez de grandes marques en Ile de France, j’ai racheté l’Atelier Grech, ici à Challes Les Eaux en Savoie, dans le bassin chambérien. Je suis installé ici depuis près d’une vingtaine d’années à présent. C’est une région qui dispose d’une forte tradition du cuir, notamment parce qu’elle a été et qu’elle reste l’un des centres les plus importants en matière de fabrication de chaussures, avec la ville de Roman qui fut la Capitale de la chaussure française. Des marques prestigieuses ont d’ailleurs installées des unités de production dans les environs, tels que les ateliers Hermès ou encore Louis Vuitton.

SOIXANTE5: Pourriez-vous nous présenter votre activité en détails?

JF Poitou: Je suis un artisan dans la plus pure tradition. Ici, nous sommes peu nombreux et nous privilégions le travail de qualité sur la quantité. Nous faisons de la sellerie, qui déploie la technique de la couture à la main et aussi la maroquinerie pour concevoir et réaliser des sacs ou des articles de petite maroquinerie, tels que des portefeuilles, des porte-billets ou des porte-cartes. Nous travaillons sur des petites séries pour des marques prestigieuses et pour d’autres moins connues. Nos prestations vont du bureau d’étude et du stylisme jusqu’à la réalisation des articles, en passant par la sélection des peaux chez les tanneurs et le développement de collections. Le travail part du dessin, puis c’est la maquette et le prototype, avant la mise en production.
Ici, nous traitons tous les cuirs traditionnels, tel que le veau ou le cuir végétal, mais aussi les cuirs exotiques, crocodile, serpent, galucha, poisson ou lézard. Pour cela nous travaillons en étroite collaboration avec des petits tanneurs et des revendeurs avec lesquels nous avons établi des liens privilégiés pour avoir les meilleures sélections de cuir pleine-fleur. Nous utilisons essentiellement des cuirs européens, venus d’Italie, de France et d’Allemagne.

SOIXANTE5: Comment définiriez-vous votre métier et la philosophie qui vous anime?

JF Poitou: Si je devais résumer, je dirais l’amour du travail bien fait et la passion. C’est un métier que l’on ne fait bien que si on l’aime. Même si on utilise des moyens de coupe plus modernes qu’autrefois, tout le processus s’opère en suivant les règles de l’art, la plus pure tradition du métier. Aimer les belles matières, avoir le sens de l’observation, savoir se remettre en question, être à la fois curieux, patient et humble. Le métier d’artisan maroquinier s’apprend aussi à l’école mais la technique n’est pas tout, il faut avoir la passion, la flamme et l’envie pour que ça marche.
Aujourd’hui l’avenir de cette activité, c’est celui des beaux produits, des collections de qualité. Les production de masse sont délocalisées dans les pays où la main d’oeuvre et les matières premières sont à des coûts très inférieurs à ce que l’on trouve en Europe. C’est pourquoi la production locale s’oriente vers le luxe. Le luxe en tant que philosophie plus encore que de valeur monétaire. Prendre le temps de faire les bons gestes, privilégier la qualité sur la quantité, savoir sélectionner ses matériaux, renouveler ses inspirations, autant de lignes de conduite qui nous guident au quotidien.